Apiculture et agroécologie cubaines, les raisons du succès sont politiques

 

 

 

 

 

 

Les populations d’abeilles déclinent partout dans le monde sauf à Cuba où elles se développent de façon phénoménale, c’est notoirement reconnu aujourd’hui. Un bataille de propagande commence donc pour en dissimuler les véritables raisons.

Bien sur, l’agriculture cubaine était jusqu’en 1990 alignée sur celle du « grand frère » soviétique, qui était lui-même aligné sur le modèle productiviste nord-américain depuis l’ère Khrouchtchev (contemporaine à la révolution cubaine d’ailleurs). L’environnement cubain était donc bien sur tout aussi pollué que celui des autres pays agricoles jusqu’à l’arrêt des importations de pesticides soviétiques.

Mais il faut aussi considérer le contexte actuel sur l’île, une fois reconnue l’importance de la préciosité des ressources naturelles nationales pour l’avenir de la révolution cubaine. Car c’est bien le « système cubain » qui garantit objectivement son essor écologique.

– C’est la socialisation des moyens de production et des terres qui permet aujourd’hui à l’île d’appliquer l’interdiction des pesticides à l’échelle nationale, contrairement aux expériences locales d’agriculture biologique dans des pays comme le nôtre, totalement écrasés par l’usage massif d’intrants alentour et la « concurrence déloyale » du colosse agro-industriel voisin.

– C’est la nécessité d’une indépendance nationale pour un état souverain luttant contre l’impérialisme, y compris sur le plan agricole, qui fait désormais de la protection des ressources naturelles nationales une priorité gouvernementale, avec les moyens de l’appliquer partout et tout de suite.

– L’accumulation de capital issu de l’agriculture dite « productiviste » jusque dans les années 90 a permis, contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, d’investir dans les pratiques d’agroécologie (souvent coûteuses), le développement des formes urbaines et périurbaines d’agriculture biologique, et la formation de nombreux ingénieurs agronomes aptes à former eux-mêmes les paysans pour ces techniques souvent complexes (beaucoup plus que le simple et passif traitement aux intrants sur les champs).

Voici donc les résultats de cette politique, exposés par un des nombreux articles disponibles aujourd’hui sur Internet :

L’INCROYABLE APICULTURE CUBAINE

4 AVRIL 2017

Pays d’Amérique Latine connu pour sa révolution et ses cigares, Cuba est en train de devenir une référence dans le domaine de l’apiculture. Son miel, certifié biologique, est actuellement le quatrième produit d’exportation du pays.

A l’heure où les abeilles ont la vie dure dans différentes régions du globe, l’apiculture cubaine fait quasiment office d’exception. Comment s’explique ce succès ?

QUE DISENT LES CHIFFRES ?

Le miel n’est pas vraiment la première chose qui nous vient à l’esprit lorsqu’on parle de Cuba. On a surtout tendance à penser à la Révolution cubaine, les fameux cigares, les cocktails ou encore le blocus américain. Et pourtant, les chiffres sont formels. En 2014, les ruches cubaines ont produit jusqu’à 7 200 tonnes de miel biologique. D’après les statistiques gouvernementales, cela équivaut tout simplement à 23,3 millions de dollars.

Certes, Cuba ne peut pas encore rivaliser avec les plus grands producteurs comme la Chine, la Turquie et l’Argentine. Mais son miel est de bien meilleure qualité, tout en étant biologique, et sa valeur au kilo est plus importante. Il n’est devancé que par le poisson, le tabac et le rhum. Il surpasse toutefois le sucre et le café, deux produits faisant également la fierté du pays.

En moyenne, un apiculteur cubain peut récolter jusqu’à 45 kg de miel par an, par ruche. Avec un tel rendement, on doublerait très facilement la production annuelle française.

Contrairement à leurs homologues français, les apiculteurs cubains ne sont pas livrés à eux-mêmes pour la vente des produits. Le gouvernement rachète directement le miel récolté auprès des producteurs, et ce, au prix du marché mondial.

L’Etat s’occupe donc de l’écoulement à l’étranger.

Si vous pensez que l’apiculture cubaine tire uniquement son succès d’une espèce d’abeilles super-productive, vous avez tort. Certes, l’Amérique Latine possède une très large variété d’abeilles. A titre d’exemple, le Mexique compte une soixantaine d’espèces, tout comme le Costa Rica.

Dans toute la région, Cuba fait figure d’exception en n’abritant qu’une seule espèce de Méliponinés, la « Melipona beecheii ». Pour l’instant, aucune thèse concernant l’arrivée de cette abeille sur l’île n’a été confirmée. Certaines théories se basent sur la domestication des mélipones par les Mayas, d’autres s’appuient sur un processus naturel de dispersion.

Une analyse moléculaire comparative a toutefois confirmé l’origine biogéographique des abeilles. Des similitudes génétiques ont été constatées entre les ADN des souches d’abeilles de la péninsule du Yucatan (où l’on retrouve des cités Mayas) et celles de Cuba. Une analyse morphologique antérieure a déjà fait le rapprochement entre ces deux populations.

Les mélipones s’installent généralement dans des troncs ou des cavités d’arbres. Il arrive même parfois qu’ils s’installent au niveau des branches. Plutôt que d’opter pour les ruches modernes, certains apiculteurs cubains préfèrent garder les ruches « tronc ».

La « Melipona beecheii » est qualifiée de mouche à miel car elle ne possède pas de dard, et donc ne pique pas. Jugée moins productive que l’Apis mellifera, la Melipona beecheii résiste pourtant mieux à certains ravageurs.

COMMENT EXPLIQUER LE SUCCÈS DE L’APICULTURE CUBAINE ?

Si l’ « Apis mellifera », l’abeille domestique européenne, est donc jugée plus productive que la « Melipona beecheii », comment se fait-il que l’apiculture cubaine connaisse un tel essor ?

La réponse à cette question ne se trouve pas dans la génétique des abeilles mais bien dans l’histoire de Cuba. En 1991, Cuba perd son principal partenaire commercial avec l’effondrement de l’Union Soviétique. L’embargo des Etats-Unis et le manque de devises étrangères empêchent donc le pays de s’approvisionner en pesticides pour la protection des récoltes.

Face à cela, Cuba décide de mettre en place une politique d’agriculture biologique, qui a été conservée jusqu’à maintenant. Alors que le pays a beaucoup souffert de cette situation, un article de février 2016 du quotidien « The Guardian » parlait plutôt d’un mal pour un bien.

La très faible utilisation de pesticides a effectivement contribué à préserver l’environnement cubain. A l’heure où les apiculteurs français (et européens) sont à la limite de déclarer une guerre ouverte aux agriculteurs et leurs pesticides, le développement de l’apiculture biologique détonne complètement.

Pour ceux qui en douteraient encore, l’île d’Ouessant, en Bretagne, a de quoi vous convaincre. Comme les pesticides y sont très peu utilisés, le taux de mortalité des abeilles chute à 3% seulement en hiver alors qu’il tourne autour de 30% sur le continent.

Et bien évidemment, avec un environnement préservé et des abeilles en bonne santé, on ne peut produire que du miel de très bonne qualité. Avec la restauration des liens diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis et l’assouplissement de l’embargo, l’apiculture cubaine peut être optimiste pour l’avenir.

LA FRANCE, L’EUROPE ET LE RESTE DU MONDE POURRAIENT-ILS S’EN INSPIRER ?

A un moment où la disparition massive des abeilles a atteint un niveau critique en Europe, l’apiculture cubaine est en train de connaître son heure de gloire : miel d’excellente qualité, ruches en bonne santé…

Cependant, plutôt que d’en tirer des leçons, certains trouvent encore le moyen de critiquer. « Peut-on encore considérer comme « biologique », un miel qui aura parcouru la moitié du globe ? », pourrait-on se demander.

Il est vrai qu’en arrivant sur nos tables, son empreinte carbone s’est considérablement alourdie. Mais plutôt que de s’attarder sur des détails extérieurs à l’apiculture proprement dite, n’est-il pas préférable de comprendre comment un miel d’une telle qualité a été produit ? De prendre en compte que quelque part, des abeilles vivent tranquillement et produisent du miel sans s’intoxiquer aux pesticides. N’a-t-on pas assez démontré que les abeilles jouent un rôle capital dans la survie de l’espèce humaine ?

L’apiculture cubaine est actuellement un exemple concret de plus sur le rapport entre la disparition des abeilles et l’utilisation des pesticides. Alors que les apiculteurs français rencontrent de grosses difficultés et doivent s’appuyer constamment sur les aides gouvernementales et européennes, leurs homologues cubains semblent entrevoir un avenir radieux.

Source : germinallejournal

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