À proximité d’un rucher, des riverains agacés par des déjections d’abeilles

[Photo Jean-Pierre Brunet]

Il s’appelle Mario et s’interroge. Depuis «  au moins deux ans  », cet habitant de la Grande-rue du Petit-Courgain observe «  des taches jaunes et marron  » un peu partout autour de sa maison, en particulier sur sa voiture : «  Si je veux, je peux la laver tous les jours  », soupire-t-il. Il ne veut pas «  incriminer » l’apicultrice du coin, qui a son rucher à quelques dizaines de mètres, mais tout de même : «  Mon frère, qui est apiculteur, m’a confirmé qu’il s’agissait de déjections d’abeilles. Il me dit que ce n’est pas normal : d’après lui, c’est soit dû à une maladie, soit à un surdosage de sirop.  » Mario se dit prêt à lancer une pétition.

Dans le quartier, de nombreux véhicules sont constellés de petites taches brunes ou jaunes. [Photo Jean-Pierre Brunet]
Dans le quartier, de nombreux véhicules sont constellés de petites taches brunes ou jaunes. [Photo Jean-Pierre Brunet]

Comme lui, Marie-Rose et Bernard, ses voisins d’en face, subissent la situation : «  On ne peut pas mettre le linge dehors, on en a plein les fenêtres, c’est dur à enlever.  » Eux estiment qu’ils ne peuvent «  pas empêcher les apiculteurs de faire leurs ruches  », alors que quelques dizaines de mètres plus loin, impasse Frison-Roche, Agnès est plus radicale : «  C’est une calamité. Les fenêtres de toit, la toiture, les abris de jardin, les voitures : tout y passe. Il faut vraiment que ces apiculteurs cessent leur activité !  »

[Photo Jean-Pierre Brunet]

D’autres riverains, comme Dominique, sont plus modérés : «  C’est gênant, c’est sûr. Ça fait comme de la cire, c’est gras. Mais bon, il y a des choses plus graves dans la vie…  » Michel, quant à lui, se réjouit carrément de la présence de ces abeilles : «  Sans elles, mes arbres ne donneraient pas autant de fruits !  » Avant de vivre au Petit-Courgain, Michel habitait près du port : «  Là, j’étais exposé en permanence à la pollution des bateaux. C’était nettement plus ennuyeux  ».

« On ne peut pas faire autrement ! »

Francine Berthe, l’apicultrice « pointée du doigt » dans cette affaire et dont les ruches sont situées Grande-rue du Petit-Courgain, a accepté de répondre à nos questions.

– Des riverains se plaignent des nombreuses déjections d’abeilles sur leurs voitures, leur linge… Qu’en pensez-vous ?

« Tous les insectes lâchent des déjections, c’est la nature. Dans certains quartiers proches de la mer ce sont les goélands, ici ce sont les abeilles. Comme tout être vivant, elles ont besoin d’éliminer. On ne peut pas faire autrement ! »

Francine Berthe et son mari ont des ruches au Petit-Courgain depuis 1984.

– Un habitant se demande s’il ne peut pas s’agir de la nosémose, une maladie de l’abeille qui leur donne de la diarrhée…

« Une abeille malade ne sort pas, elle meurt ! Les abeilles sortent car elles ont besoin de «se purger» en quelque sorte, après avoir été confinées tout l’hiver. Elles parcourent jusqu’à trois kilomètres pour aller boire et butiner. »

– Aviez-vous déjà eu vent de ce type de plaintes ?

« Mon rucher est installé là depuis bientôt 35 ans. Jusqu’à la fin des années 90, je n’avais jamais eu de problème, bien au contraire : les habitants s’installaient au Petit-Courgain car ils y trouvaient une certaine quiétude. Certains ont apprécié de voir la production de leurs arbres fruitiers monter en flèche grâce à la présence des abeilles… »

– Que s’est-il passé à la fin des années 90 ?

« Un lotissement a été bâti impasse Frison-Roche (à côté du rucher, ndlr) et j’ai commencé à avoir énormément d’ennuis, car certains nouveaux habitants voulaient changer le code rural et m’obliger à déplacer mes abeilles. À l’époque il y a eu des dépôts de plainte, il a même fallu faire appel à un médiateur de la République, il y a eu une enquête, nos ruchers ont été éloignés pour plaire aux voisins. Je ne veux pas retomber dans tout ça… Je respecte toutes les lois, je déclare mes ruches et je paie ce que j’ai à payer ! Ce qui m’agace, c’est que j’aurais préféré que les riverains mécontents viennent me voir plutôt que de passer par la presse… »

« Pas de diarrhée », selon un expert

Xavier Mareck, du Groupement sanitaire apicole du Pas-de-Calais (GSA62), ne croit pas en l’hypothèse de la « diarrhée des abeilles » pour expliquer la présence des déjections (*) : «  Lorsqu’elles sont atteintes de nosémose, les abeilles sont tellement malades qu’elles défèquent dans ou sur la ruche, en tout cas à proximité  », explique-t-il. La nosémose est «  une maladie très contagieuse. Cela dégage une odeur nauséabonde. C’est redoutable pour la survie de la ruche.  »

fdsfsdfs PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET

Selon ce spécialiste, les déjections dont sont « victimes » les riverains du Petit-Courgain sont avant tout un «  problème saisonnier  » : «  Les abeilles ont un tube digestif, avec un estomac, différents segments intestinaux et un rectum pour l’évacuation des déchets, détaille-t-il. Elles se retiennent l’hiver lorsqu’elles sont confinées. Dès que les conditions météos sont favorables, avec des températures à 6-8º, elles ressortent pour un «vol de propreté. »  » Actuellement, les abeilles font «  des allers-retours incessants  » entre fleurs et ruches pour «  aller butiner le nectar abondant sur les fleurs d’acacia  » : «  Or, la saison s’y prête cette année. Le nectar est très riche, en eau notamment, ce qui accélère leur transit  ».

(*) Il ne croit pas non plus en l’hypothèse de Mario, qui évoque un surdosage de sirop, dans la mesure où « les abeilles ne sont nourries au sirop que l’hiver ».

Source : lavoixdunord

1 réponse

  1. Seigneur, donne-moi la patience, parce que si tu me donnes la force, je lui éclate la gueule!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *