Huelgoat. Après trente ans d’apiculture, il raconte ce qui a changé

Matthieu Le Balc’h, employé, et Jean-Charles Daniel, devant les ruches dédiées au renouvellement annuel du cheptel pour combler les pertes dues aux néonicotinoïdes et aux frelons asiatiques.

« Je suis passionné d’abeilles depuis ma plus tendre enfance, dit-il, et j’ai possédé mes premières ruches à l’âge de douze ans. »C’est à l’âge adulte qu’il décide de « transformer sa passion d’enfant en véritable métier », en allant se former à l’École d’apiculture de Laval.

Des exploitations de 2 500 ruches au Canada

Le diplôme en poche vers l’âge de 20 ans, le voici qui part au Canada. « Deux années durant, explique-t-il, j’ai travaillé dans de grandes exploitations apicoles comptant jusqu’à 2 500 ruches. Leur transhumance m’a fait voyager en Ontario, Manitoba, Saskatchewan et jusqu’au fin fond du Labrador. »

Et comme le miel attire immanquablement les ours et que les forêts canadiennes en sont peuplées, Jean-Charles Daniel a plus d’une anecdote à raconter sur ces rencontres peu communes. À son retour en France, il travaille durant deux saisons à Grenoble et dans le Gard sur des exploitations allant jusqu’à 500 ruches.

Établi dans l’ancienne saboterie de son grand-père

Fort de cette expérience, il décide de s’établir à son propre compte à Huelgoat, dans l’ancienne saboterie de son grand-père qu’il lui a fallu auparavant rénover avec l’aide de son épouse Annie. C’est en 1988 que l’actuel magasin ouvre ses portes, elle étant en charge de la commercialisation et lui de la partie technique.

Dès 1990, le couple parvient à vivre de son travail en vendant le produit de ses 200 premières ruches soit en boutique, soit en allant de salon en salon dans une grande moitié ouest du pays.

La catastrophe des produits phytosanitaires

« L’avenir nous souriait, se remémore-t-il, jusqu’à l’apparition, dès 1994, des premières hécatombes d’abeilles dues aux produits phytosanitaires néonicotinoïdes. Le pic de mortalité a été atteint en 2008 avec l’anéantissement de 50 % de mes 800 ruches. » Une proportion retombée aujourd’hui à 20 % grâce à l’interdiction de ces produits toxiques, « mais malheureusement, sur une partie seulement des cultures, regrette-t-il, et depuis trois ans maintenant, il me faut affronter l’invasion toujours croissante du frelon asiatique qui menace mes ruches et mon activité ».

Ce nouveau prédateur, totalement inconnu des abeilles locales, en fait en effet un véritable carnage : « Une seule colonie de quelques centaines d’individus est capable de dévorer jusqu’à 30 000 abeilles, soit peu ou prou l’équivalent de la population d’une ruche. »

Spécialiste dans la production de miels monofloraux

 

Mais Jean-Charles Daniel ne désespère pas, loin s’en faut, et il surmonte tous ces aléas en se spécialisant dans la production de miels monofloraux. À cette fin, les 380 ruches qu’il entretient à Huelgoat sont sujettes à de petites transhumances au gré des floraisons recherchées : « Actuellement placées en forêt pour le miel de ronce, une partie d’entre elles ira dans quelques semaines sur les pentes des Monts d’Arrée pour la bruyère et une autre à Coray sur les 120 ha de sarrasin d’un agriculteur bio ».

Les 400 autres voyagent en grande transhumance selon le même principe en Corrèze, dans le Lot, en Dordogne, en Gironde ou encore dans les Landes pour produire des miels d’acacia, de bourdaine, de callune, de tournesol ou de châtaignier.

Une équipe de cinq salariés

Tout ceci nécessite bien sûr une importante logistique ainsi qu’une main-d’œuvre qualifiée. Cinq salariés collaborent avec Jean-Charles Daniel, et sa fille a pris le relais sur la commercialisation. Quant à son fils, formé dans la même école que son père, il projette de monter une autre miellerie à La Réole, en Gironde, afin de modérer la transhumance de leurs 400 ruches.

En dépit des nombreuses difficultés rencontrées depuis plus de vingt ans, notre apiculteur est plus que jamais pris dans sa passion d’enfant devenue son métier qu’il a transmis à ses propres enfants, et les projets d’avenir ne manquent pas.

Source ouest france

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