Il n’y a pas que dans le Sud-Essonne ou dans les espaces dits « ruraux » que les ruches se développent, à l’image de celles présentes dans la région de Milly-la-Forêt qui donnent le fameux miel du Gâtinais. En effet, cette tendance voit le jour dans les milieux plus urbains. Derrière le centre de recherche et développement d’ErDF, sur les pelouses vierges du Plateau de Saclay, un petit groupe de personnes est là pour inaugurer trois nouvelles ruches. Un apiculteur sera présent sur le site pour s’occuper des 150 000 abeilles. Les productions de miel sont faibles et n’ont pas vocation à être vendues. Une association étudiante prévoit également d’être lancée pour s’en occuper. Le Plateau compte en effet de nombreuses écoles – parmi lesquelles Polytechnique, l’Institut d’Optique ou encore Centrale – où les étudiants pourraient être sensibles à la problématique de la conservation des abeilles. Cette question a une importance environnementale profonde. Les abeilles garantissent la pollinisation (qui permet la fécondation des plantes et des fleurs), et donc la biodiversité, leur développement est donc central.
La tendance depuis ces dernières années a été d’implanter des ruches en milieu urbain. « Dans les campagnes on utilise massivement des phytosanitaires (herbicides ou insecticides par exemple) qui sont très dangereux pour les abeilles. La France est la première consommatrice de ces produits. En ville, ce problème ne se pose et la pollution ne semble pas d’avoir de conséquences directes sur la vie des abeilles, »explique Gabriel Pena, chargé de projet pour le programme abeille, sentinelle de l’environnement (lancé par l’union nationale de l’apiculture française). Il ajoute : « de plus, en ville la biodiversité est plus grande qu’à la campagne à cause des monocultures. La ville leur permet donc un apport nutritionnel plus équilibré. En journée, lorsqu’il fait plus de 13 degrés elles sortent, et sinon elles vivent dans la ruches. Les abeilles ne peuvent donc être dehors que cinq ou six mois dans l’année en France. » 

Les ruches un enjeu pour les villes et les entreprises

La ville est donc un milieu plus propice au développement des abeilles. On les voit ainsi se propager un peu partout en Essonne. En 2012, quatre ruches ont été installées dans le parc de l’Hôtel-de-Ville de Chilly-Mazarin. Le miel produit est donné aux jeunes mariés entre autres. En 2013, le centre-ville d’Arpajon s’est doté de quatre ruches près du parc Guesdon. Elles sont l’occasion pour cette ville d’organiser des visites pour les établissements scolaires. Le parc de Juvisy compte trois ruches également, soit plus de 150 000 abeilles, installées par des associations locales. Elles se trouvent dans le parc Camille Flammarion, et sont donc visitables. Pour la mairie « Juvisy présente une vraie diversité, compte beaucoup de parcs et d’arbres singuliers, surtout pour un milieu aussi urbain que celui-ci. » Les ruches représentent une réelle plus-value dans cette biodiversité.
Les magasins sont aussi friands de ruches. Cœur de Nature – groupe Auchan -, à Brétigny-sur-Orge, possède quatre ruches depuis 2012. Un apiculteur est présent pour s’en occuper, et selon le magasin : « la vocation n’est pas seulement commerciale. Si le miel est vendu, pour un magasin bio, il est important de présenter à sa clientèle des produits locaux, à portée de main. » Magasin non bio, mais également soucieux de son image, plusieurs magasins du groupe Carrefour ont installé des ruches. C’est le cas par exemple du Carrefour des Ulis, où cinq ruches sont installées sur le toit et une société extérieure s’en occupe. La bonne affaire ayant été flairée, un réel commerce s’est créé autour de la ruche donc !
Des sociétés existent donc pour répondre aux besoins des entreprises en la matière, la vente et l’entretien des ruches. Dominique Gobourg, de chez Apilia, implantée à Athis-Mons, essaie de faire partager sa passion et explique les demandes à ce sujet. « L’intérêt des entreprises pour les ruches vient principalement d’une prise de conscience environnementale. Si la question de l’image existe, la thématique de l’engagement environnemental se généralise et se démocratise. On prend compte de la place des abeilles dans l’écosystème. » Il ajoute également : « Pour les entreprises, la question des ruchers concerne des enjeux internes. C’est proposer un projet original aux salariés, et créer un lien avec le monde au sein d’un dispositif collaboratif. » Pour l’installation de trois ruches avec suivi d’un apiculteur compter au moins deux mille à quatre mille euros au bas mot.