Le ras-le-bol des habitants contre une pluie de taches jaunes




Elles tapissent les pare-brise et la carrosserie des voitures. Elles se répandent sur les terrasses, les chaises et les tables de jardin. Elles se propagent sur les toitures, les fenêtres, les vérandas et les boîtes aux lettres. Elles, ce sont de petites taches jaunes. Depuis presque deux ans, ce curieux phénomène empoisonne le quotidien des habitants de la cité du Blanc Cul.

« Je suis allée voir la dame, on a porté plainte, on a écrit au sous-préfet… »

«  On s’est d’abord demandé ce que c’était, se souvient Virginie. J’ai tapé «taches jaunes qui tombent du ciel» sur Internet et j’ai vu que c’étaient des crottes d’abeilles.  » Cette riveraine fait alors le lien avec les ruches d’un voisin apiculteur. «  Je suis allée voir la dame, on a porté plainte, on a écrit au sous-préfet…  » Une pétition est également lancée en 2016. «  Il y a eu plus de 150 signatures.  » Pour un constat simple : le problème persiste. «  Ça a été mieux cet été mais ça recommence depuis début septembre. On n’est pas contre les abeilles mais on ne sait plus quoi faire.  »

Comme Virginie, plusieurs habitants sont incommodés par les déjections d’abeilles. «  Le linge dehors, ce n’est pas envisageable ; si on veut boire un verre dehors, on peut oublier  », soupire Émilie C’est dur à retirer, ça ne part pas facilement. Il faut vraiment frotter  », peste Micheline K  Il y en a plein ma véranda  », surenchérit Jean-Marc.

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En mairie, Paulette Gauthiez avoue son impuissance à résoudre ce problème de voisinage. «  Je me sens inutile. Quand quelqu’un vient en mairie, j’essaie de l’aider. Là, je n’en ai même pas les moyens.  » Une solution avait même été trouvée pour entreposer les ruches à la déchetterie. «  Je vais écrire au procureur parce qu’on est dans une impasse.  »



Avec ses services, la maire a multiplié les courriers avec l’apiculteur. Quelques recommandés sont d’ailleurs revenus à l’expéditeur. Elle a organisé une réunion entre lui et les riverains. Une démarche vaine. Elle a aussi contacté la sous-préfecture et la Direction départementale de la protection des habitants (DDPP).

Un arrêté préfectoral datant du 17 janvier 1947

En juillet, cette dernière a déclaré le rucher « conforme à la réglementation en vigueur  ». Elle s’est appuyée sur un arrêté préfectoral datant du 17 janvier 1947. De quoi désespérer Paulette Gauthiez. «  Je ne peux même pas prendre un arrêté car il est en règle.  » De quoi avoir sérieusement le bourdon.

(1) Le prénom a été modifié.

« Facile de dire que je suis coupable »

Contacté, l’apiculteur dit posséder une trentaine de ruches et explique qu’il s’agit d’un loisir. Il reconnaît la présence de taches jaunes. Mais il affirme que ses abeilles n’en sont pas responsables. «  C’est facile de dire que je suis coupable. Il faut prouver que c’est moi  », argue-t-il.

Ses arguments ? La distance entre les ruches et le quartier. «  Le rucher est très, très loin, à plus d’un kilomètre, à la limite de Lewarde. Et les abeilles peuvent voler dans un rayon de 7 km.  » Et la multiplication des ruchers. «  Il y a de plus en plus d’abeilles, c’est devenu une mode. Je ne suis pas le seul à en avoir dans le coin.  »

« Je vais retirer dix, quinze ruches »

L’apiculteur rappelle qu’il se trouve en règle mais se dit «  harcelé  » par les courriers et les contrôles. «  Des contrôles des services sanitaires, ou pour voir si mes abeilles ne sont pas malades.  »

En tout cas, le nombre de ses ruches devrait diminuer. «  Je vais en retirer dix, quinze. J’en ai mis à Hornaing, je vais en mettre ailleurs.  » Cela réduira-t-il le nombre de taches jaunes dans la cité du Blanc Cul ? «  Si c’était vraiment à cause de mes abeilles, je ne saurais pas comment faire. Il faudrait les interdire partout.  »




« Il est fort probable que les taches jaunes soient des déjections d’abeille »

Comme Jean-Marc, plusieurs riverains sont incommodés par les taches jaunes qui tapissent la cité du Blanc Cul, à Masny.

Des taches jaunes partout. Dans la cité du Blanc Cul à Masny, les voitures, les terrasses, les vérandas, le linge pendu dehors… étaient criblés de ces petites taches jaunes.

Sur place, les soupçons se portent sur le rucher d’un apiculteur. Depuis deux ans, des procédures sont engagées pour résoudre ce problème de voisinage : des réunions avec la mairie, des courriers, un dépôt de plainte, une pétition… et une proposition de déplacer des ruches dans la déchetterie de Lewarde. En vain.

En règle, l’apiculteur demande aux riverains de prouver sa culpabilité. «  Le rucher est très, très loin, à plus d’un kilomètre, à la limite de Lewarde. Et les abeilles peuvent voler dans un rayon de 7 km   », argue-t-il notamment.

Loin d’être spécialiste de l’apiculture, nous avons contacté Apinord, syndicat d’apiculteurs du Nord. «  Comme vous me le décrivez, s’il y a beaucoup de ruches, il y a de fortes probabilités pour que ce soit des déjections d’abeille, répond le président Franck Van Neer, qui est basé dans le Douaisis. Ce n’est pas le premier cas en France. Il y en a eu à Lambres-lez-Douai. […] Le seul levier que la mairie puisse activer, c’est un décret municipal.  »

« Ça donne une mauvaise image de l’apiculture »

Une solution toutefois exclue par la maire Paulette Gauthiez. «  Je ne peux même pas prendre un arrêté car il est en règle   », déclare-t-elle.

Angélique Mériaux, elle aussi apicultrice, apporte son éclairage. «  Quand vous vous levez et que vous allez aux toilettes, vous n’attendez pas 7 km pour faire vos besoins. Les abeilles, c’est pareil.  » Elle reproche à son homologue masnysien de jeter le discrédit sur tous les ruchers environnants. «  Quand il dit que ce n’est pas lui, il nous vise, nous. Il nuit aux apiculteurs autour de lui. […] J’ai des abeilles un peu partout et je n’ai pas ce problème.  »




source : http://www.lavoixdunord.fr/233259/article/2017-10-03/le-ras-le-bol-des-habitants-contre-une-pluie-de-taches-jaunes

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