Entretien avec Gérard Freyssenge, apiculteur. « Pourquoi tout ira mieux quand les abeilles iront bien ? »

On peut dire que sa rencontre avec les abeilles a changé sa vie. Gérard Freyssenge nous fait partager sa découverte et sa démarche, à travers son livre* et en avant-première de la conférence qu’il va donner à la foire bio de Figeac, le 17 décembre.

Gérard Freyssenge, enfumoir en main, auprès de ses ruches, au Roc, entre Payrac et Souillac.

« Lors d’une journée portes ouvertes dans un rucher, j’ai compris pourquoi il est important de s’intéresser aux abeilles ! » déclare Gérard Freyssenge, lui qui, soit dit en passant, ne faisait pas la différence autrefois, entre une abeille et une guêpe. Ce spécialiste de la téléphonie, à la retraite depuis quelques années, assure ne s’être jamais préoccupé jusqu’alors, des insectes hyménoptères. D’où cette rencontre, telle un coup de foudre. Originaire du Lot, il habite en région toulousaine.

Combien faut-il compter pour avoir une ruche ?

« D’emblée, j’ai été comme fasciné par cet univers que je ne connaissais pas, avec l’envie d’en savoir davantage » indique-t-il. Il s’inscrit à une formation d’apiculture, s’informe et se cultive. « Je n’ai pas tout de suite envisagé avoir des abeilles, ce n’est que dans un second temps que cette idée m’est venue à l’esprit » précise-t-il. Au fur et à mesure qu’il en connaît un peu plus, il a envie de passer à des travaux pratiques et de se lancer. « Je me mets en tête d’avoir une ruche ! » poursuit-il. Et cette ruche il l’installe dans le Lot, il y a près de sept ans, chez lui, au Roc, non loin de Souillac. Gérard Freyssenge rejoint quatre autres apiculteurs, résidant dans cette commune de 220 habitants et ensemble, ils créent, il y a 4 ans, la fête des abeilles au Roc, à l’occasion de la fête votive, le dimanche après le 15 août.



« Après avoir vécu le cheminement dont je viens de faire part, je vous assure que le jour où l’on se retrouve seul devant sa ruche, on ressent une forte poussée d’adrénaline » affirme Gérard Freyssenge. Passer de la théorie à la pratique, n’est pas une formalité, en pareil cas de figure.

« Autre situation marquante par rapport à la ruche, c’est d’être le témoin direct de toute la vie que cela génère » affirme-t-il. « Je peux vous dire que lorsque je retourne chez moi dans le Lot, je ne traîne pas pour aller voir mes ruches ! » ajoute-t-il. Il précise : « Vous savez on peut passer de longs moments auprès d’une ruche ; c’est comme un aéroport, cela n’arrête pas d’atterrir et de décoller… A certaines périodes de l’année, toutes les abeilles sont dehors, à d’autres moments toutes sont à l’intérieur ; c’est un mouvement continuel, tant au fil de la journée qu’au rythme des saisons ! »

Aujourd’hui, Gérard Freyssenge est l’heureux propriétaire de quatre ruches, heureux récoltant de miel toutes fleurs, du Lot. Il faut compter entre 500 et 1 000 €, selon qu’il s’agit de matériel neuf ou d’occasion, pour acquérir une ruche et l’ensemble des accessoires afférents, permettant de procéder aux récoltes. Ne pas oublier que la possession d’une ruche est soumise à déclaration (voir encadré ci-dessous).

Autre source de satisfaction et non des moindres, l’intérêt que ses petits-enfants portent à la démarche, au point qu’il a fallu leur acheter quelques équipements de protection. Gérard Freyssenge est un apiculteur complet, disposant de l’ensemble du matériel, lui permettant d’assurer le suivi de toutes les étapes de la fabrication du miel, jusqu’à la mise en pots, histoire de faire plaisir à la famille et quelques amis. Il met de côté également un peu de miel pour faire déguster les élèves des écoles au sein desquelles il intervient de temps à autre.

Mais en 2017, tant l’année a été mauvaise pour les abeilles, que Gérard Freyssenge n’a pas pu faire de récolte !

Pour l’heure et jusqu’en mars prochain, les abeilles sont entrées en période d’hibernation et du coup ne nécessitent pas grandes interventions. En fonction des circonstances, peut-être faudra-t-il leur apporter quelques nourritures. À partir d’avril et jusqu’à la récolte, la ruche nécessite un suivi plus régulier, de l’ordre d’une fois par semaine, voire tous les quinze jours.

Trois ruchers écoles dans le Lot

La pratique de l’apiculture n’est pas une activité réservée à un cercle d’initiés. Les trois ruchers écoles du Lot favorisent grandement l’accès à l’apiculture : à l’IME-ESAT de Boissor sur la commune de Luzech, au lycée agricole de Figeac – La Vinadie et au Pech de Gourbières à Rocamadour.

C’est fabuleux tout ce que nous apportent les abeilles

Qu’est-ce qui vous a incité à vous lancer dans la pédagogie de l’apiculture ?

J’ai déjà écrit plusieurs livres, de nature biographique, notamment. Et s’agissant de la vie des abeilles, j’ai d’abord écrit un texte à l’intention de mes petits-enfants. Et l’un d’eux âgé de 7 ou 8 ans, me dit « Cest pas mal, mais ce serait mieux avec des images ! ». C’est comme cela que m’est venue l’idée d’un ouvrage illustré, d’autant que je venais de rencontrer peu de temps auparavant l’illustrateur Fred Médrano, à l’occasion d’un salon du livre. Sans ses dessins, le livre ne serait pas ce qu’il est. À souligner également l’intervention de deux chercheurs qui m’ont fait part de leurs travaux ; le Dr Joseph Hemmerlé pour toute la partie des dessins microscopiques et le Dr Aurore Avarguès- Weber, chercheuse au CNRS que je cite dans la partie consacrée à l’intelligence de l’abeille. Elle a validé l’ouvrage d’un point de vue scientifique.

 



Et votre rencontre avec Yann Arthus-Bertrand, racontez-nous ?

Je ne sais pas comment on peut appeler cela : le destin ? La bonne étoile ? Toujours est-il qu’au sein du syndicat des apiculteurs de Midi-Pyrénées, nous avons créé « l’Académie de l’abeille d’or », l’an passé. L’objectif de cette instance est de mettre à l’honneur des personnes qui interviennent positivement dans le domaine de la protection de la nature. Yann Arthus-Bertrand est le parrain de cette Académie. Je lui ai présenté le manuscrit « Nos formidables abeilles », dont il s’est dit enchanté, en raison notamment des illustrations. C’est comme cela qu’il a écrit la préface du livre et que la présentation officielle de l’ouvrage a eu lieu à Paris au siège de sa Fondation Goodplanet, laquelle s’est donnée pour mission de « placer l’écologie au cœur des consciences et de susciter l’envie d’agir concrètement pour la terre et ses habitants ».

 

Qu’est-ce qui vous motive à travers l’action pédagogique que vous menez en faveur des abeilles ?

Tout d’abord je rappelle que les abeilles sont des insectes sociaux, dont on peut s’inspirer. Outre qu’elles fabriquent du miel, ce qui est passionnant c’est de voir l’organisation de leur vie en société, comment elles vivent entre elles, la pollinisation… On ne peut qu’être admiratif. C’est tout de même fabuleux, tout ce qu’on doit à cet insecte et de faire partager ces connaissances ne peut faire que des heureux.

 

L’avenir des abeilles vous paraît-il réellement menacé aujourd’hui ?

Il y a 100 millions d’années qu’existent des abeilles et aujourd’hui elles sont menacées comme jamais ce fut le cas ; cela pose question par rapport à l’évolution de notre société et ses conséquences. C’est bien pour cela qu’on les a baptisées les « sentinelles de l’environnement ». En tant qu’apiculteur, nous nous intéressons à l’abeille et en même temps à ce qui se passe autour de la ruche. L’un ne va pas sans l’autre en quelque sorte.

 

La production de miel continue de baisser en France, alors qu’on compte de plus en plus d’apiculteurs ; cela vous rend-il optimiste ou pessimiste pour les années qui viennent ?

Les deux : optimiste parce que je crois tout de même qu’est intervenue une prise de conscience générale par rapport à la pollution et qu’on travaille un peu partout et dans tous les domaines à la réduire. À cet égard, je suis convaincu que c’est davantage sous l’impulsion citoyenne que grâce à l’action politique qu’évolue positivement la situation. Cependant je considère qu’entre les pesticides et les dégâts occasionnés par le frelon asiatique, ce n’est pas de sitôt que nous retrouverons les productions de miel que nous connaissions dans les années 1950, où il pouvait arriver qu’une seule ruche fournisse jusqu’à 100 kg de miel. Il faudra des années pour retrouver un contexte pareil, quand on sait tout ce qui a été détruit : arrachage de haies, disparition de fleurs en raison des cultures intensives…

 

Et pour tout dire, que représente l’abeille pour vous ?

Pour ma part, l’abeille représente une passion et un symbole fort de l’équilibre de la nature. Quand l’abeille ira bien, la nature ira mieux !

 

(*) « Nos formidables abeilles » (Ed. Empreinte) de Gérard Freyssenge – illustration de Fred. Médrano. Des mêmes auteurs : « Au royaume des abeilles » (Ed. Empreinte) 2013, « Jardinons bien, jardinons bio » (Ed. Empreinte) 2013.

Conférence – échanges
Gérard Freyssenge sera présent à la foire bio de Figeac, le dimanche 17 décembre (ouverture de 10 h à 18 h) à l’Espace François Mitterrand. Il donnera une conférence à 11 h, sur le thème de l’intelligence de l’abeille. L’intervention documentée se poursuivra par un échange à bâtons – rompus avec dédicace de son dernier ouvrage « Nos formidables abeilles ».

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Source : https://actu.fr/societe/entretien-gerard-freyssenge-apiculteur-pourquoi-tout-ira-mieux-quand-abeilles-iront-bien_14023286.html

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