Interdits, les néonicotinoïdes continuent à tuer les abeilles

Malgré le moratoire de l’Europe sur ces substances depuis 2013, des chercheurs ont constaté que, sur les cinq ans qui ont suivi, la moitié des butineuses avaient été exposées à la mort dans une parcelle sur huit étudiées. Preuve, disent-ils, que les résidus se diffusent dans l’environnement.

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La France va interdire d’ici à la fin de l’année deux autres molécules jugées nocives pour les abeilles.



Dans les cinq ans qui ont suivi le moratoire européen sur les insecticides « tueurs d’abeilles », les butineuses sont restées mortellement exposées. Des travaux scientifiques publiés ce jeudi sur le site web de la revue « Science of The Total Environment », font la preuve de la recontamination des néonicotinoïdes dans la nature.

Cette famille de pesticides neurotoxiques utilisés à grande échelle pour protéger les cultures des insectes nuisibles est sous le coup d’un moratoire de l’Union européenne depuis 2013, qui  a banni l’usage de trois d’entre eux en 2018. En France, ces substances jugées nocives pour les pollinisateurs  sont totalement interdites depuis plus d’un an.

Elles n’ont pas disparu immédiatement pour autant. Et pour les abeilles, un risque mortel persiste, selon les chercheurs du CNRS, de l’Inra et de l’Institut technique et scientifique de l’apiculture (Itsap) qui ont passé les cinq années post-moratoire à étudier le nectar de près de 300 parcelles de colza d’hiver.

50 % des abeilles et des bourdons

Ils sont partis d’un constat : des néonicotinoïdes sont fréquemment détectés dans les fleurs sauvages ou cultures non traitées. Cela suggère une diffusion dans l’environnement consécutive à leur utilisation agricole, expliquent-ils. En scrutant le nectar de colza – ce jus sucré que les abeilles récoltent -, ils ont détecté des résidus de ces insecticides, en particulier l’imidaclopride, dans près de la moitié (48 %) des parcelles étudiées. Des résidus qui « persistent et se diffusent dans l’environnement ».

« Nous avons trouvé une corrélation avec certains types de sols et avec la pluie », raconte Jean-François Odoux, chercheur à l’INRA, qui évoque la possibilité de « très longues distances »« Nous supposons aussi une contamination par lessivage des parcelles environnantes. »

Les variations sont importantes d’une année sur l’autre, mais les scientifiques indiquent que « l’évaluation du risque pour les abeilles[…] a montré que trois années sur cinq, jusqu’à 12 % des parcelles présentaient une contamination pouvant entraîner la mort de 50 % des abeilles et bourdons les visitant ». Pour eux, il ne fait pas de doute qu’« une persistance d’usage des néonicotinoïdes sur certaines cultures de plein champ pose un risque pour les abeilles et pollinisateurs visitant d’autres cultures non traitées ».

Deux autres substances bannies

En 2017, donc  avant l’interdiction dans l’Hexagone , une enquête commandée par l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) avait estimé qu’au moins 6 millions d’hectares de cultures, soit 20 % de la surface agricole utile, pouvaient être traités chaque année avec des insecticides néonicotinoïdes.

La France, qui est allée, depuis, au-delà du moratoire européen, devrait interdire deux nouvelles substances similaires d’ici à la fin de l’année.



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