Ce qui les pousse est fort variable : quelquefois, c’est un oncle qui possède quelques ruches ou un voisin qui abandonne opportunément son rucher. Parfois, c’est le plaisir de la découverte, souvent la volonté d’agir en faveur de l’environnement. Et puis, il y a le désir de produire du bon miel pour en donner à ses proches et vendre éventuellement le surplus. Les motivations ne manquent donc pas. Ce sont plutôt les connaissances qui font défaut. En effet, de nos jours on ne s’improvise plus apiculteur sans courir le risque de vivre un désastre. Le temps où l’on se contentait d’avoir quelques ruches à visiter trois fois par an est révolu. Plus que jamais, on est confronté à des menaces qui nécessitent un sérieux apprentissage. Mieux vaut le savoir, réfléchir suffisamment à l’avance et se hâter… lentement ! L’apiculture sera toujours une école de patience. Il y a deux façons de devenir apiculteur. Soit on profite des compétences d’un ancien apiculteur qui vous met sur les rails (compagnonnage), soit on retourne à l’école et on suit des cours dispensés par des écoles spécialisées appelées chez nous des « ruchers-écoles ». Les deux approches peuvent se compléter. Quoi qu’il en soit, ne comptez pas devenir apiculteur seul sans aide : il y a tant de choses et de détails à apprendre que vous échoueriez à coup sûr. Vu de l’extérieur, tout paraît simple tant qu’on n’imagine pas l’étendue des savoirs nécessaires pour réussir. En apiculture, une bonne partie des connaissances s’enseigne par la pratique ; mais la pratique sans les notions théoriques, ça ne pemettra jamais de surmonter les obstacles qui vont se dresser sur la route du néophyte. Si ces exigences vous rebutent, mieux vaut élever des poules, des canards ou des moutons…

L’endroit idéal

On n’installe pas des ruches n’importe où. Il faut trouver un terrain à l’abri des vents du nord, de préférence orienté sud-est. L’entrée de la ruche sera orientée au sud-est. Il faut éviter les lieux humides. Les ruches seront éventuellement installées sous une toiture légère qui les protégera des intempéries. Elles seront posées sur un support à une hauteur de 40 cm environ. En fonction de l’espace disponible, vous écarterez les ruches d’au moins 20 cm les unes des autres. La nourriture à récolter sur les fleurs devra être la plus abondante possible : arbustes fleuris, arbres fruitiers, champs de fleurs agricoles (colza, tournesol) non traités, noisetier, saule marsault, aubépine, pissenlit, sorbier, érable, robinier faux acacia, tilleul, vigne vierge, ronce, épilobe, etc. La liste des végétaux visités et pollinisés par l’abeille mellifère est interminable. N’espérez pas nourrir vos abeilles avec un champ de blé ou une forêt d’épicéas. Reportez-vous à une liste des espèces mellifères et nectarifères et assurez-vous que le nombre de ruches n’est pas trop important par rapport aux ressources de nourriture disponibles. Plantez des espèces mellifères. Soyez attentif à ces quelques exigences et vous réussirez certainement, d’autant que vos abeilles savent mieux que vous où elles doivent chercher leur repas dans un rayon de plusieurs kilomètres.

Quand commencer ?

Les abeilles affrontent l’hiver au calme complet, donc il ne faut jamais les déranger durant cette période. Le meilleur moment pour commencer à installer des ruches peuplées va d’avril à juillet. La mortalité naturelle des colonies est de 10 %. Mieux vaut commencer par trois ruches plutôt qu’une seule. Premier constat : dans chaque pays ou région, on privilégie un standard de ruche. En Wallonie et à Bruxelles, c’est la « ruche Dadant » qui est la plus fréquente. Il s’agit d’une ruche de « production » (de miel) puisque son volume est grand et que le magasin à miel est important. Avec ses dix ou douze cadres plus larges que haut, elle convient pour de grosses récoltes. Elle a ses qualités et ses défauts qu’il n’est pas utile de développer ici. La ruche cubique Voirnot à dix cadres est une ruche classique intéressante en altitude, mais nettement moins fréquente chez nous, tandis que la petite ruche Warré à huit cadres, très en vogue, complète le trio des ruches les plus faciles à trouver. En Flandre et dans les cantons de l’Est, d’autres formats se rencontrent.

Quelle école choisir ?

La Région wallonne a sélectionné les meilleures écoles d’apiculture sur la base de candidatures déposées en 2016. Seules les écoles subventionnées peuvent délivrer le certificat de la Région wallonne, obtenu au terme de deux ans après réussite d’une épreuve qui fait la synthèse de l’enseignement. Le minerval minimum est de 150 € (2 ans). Les cours sont donnés généralement tous les quinze jours pendant le week-end, à raison d’une matinée ou d’un après-midi.

Quelle abeille choisir ?

Il existe plusieurs « races » d’abeilles au sein de l’espèce Apis mellifera. Dans son lent travail de sélection qui a duré des millions d’années, la nature a façonné des sous-espèces d’abeilles (races) qui s’adaptent aux exigences des régions selon leur climat, leur végétation et leurs photopériodes. L’abeille du pays, l’abeille « de chez nous », est appelée Apis mellifera. Comme elle est de couleur sombre, on l’appelle aussi communément « abeille noire ». Elle s’est approprié un territoire qui couvre l’Europe de l’Ouest. Depuis plus d’un siècle, attirés par des promesses de grosses récoltes, des apiculteurs ont importé et mélangé plusieurs races d’abeilles jusqu’à menacer l’abeille belge d’une disparition progressive en raison de la mixité et de la dérive des caractères génétiques. L’abeille noire, décrite comme « méchante et paresseuse » par ses détracteurs (qui n’aperçoivent en vérité que le résultat désastreux de leur propre activité de métissage), bénéficie de nos jours d’un regain d’intérêt pleinement justifié. En effet, les avantages des abeilles hybrides se doublent de beaucoup d’incertitudes sur leur capacité de résistance, à tel point que les apiculteurs partisans des « super-abeilles » se posent bien des questions sur l’avenir. Un printemps pluvieux et froid, comme celui qu’on a connu en 2016, est une catastrophe pour les abeilles importées, hybrides ou de synthèse, dans la mesure où les apiculteurs qui les utilisent doivent acheter (et payer) du sucre pour les nourrir, accepter de faibles récoltes et voir des parasites et des maladies balayer un grand nombre de leurs colonies en hiver. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Seul l’avenir nous le dira.

Un bon livre

Acheter un bon livre d’apiculture est utile. Par ailleurs, un grand nombre d’informations d’intérêt très variable peuvent être glanées sur internet. Mais soyez attentif au fait que les conseils sont parfois contradictoires ou imprécis. Pensez qu’un calendrier des travaux valable pour le Sud de la France ne sera pas applicable chez nous ! En Belgique, il existe des revues spécialisées éditées par des associations apicoles : il y a, entre autres, celle du Cari, la Belgique apicole ou encore le bulletin de liaison de l’association Mellifica. En France, on trouvera par exemple « l’Abeille de France » ou « Abeilles et fleurs ».