Il faut sauver l’abeille noire du Cap-Sizun

Menacée par l’hybridation avec des espèces importées, l’abeille noire du Cap-Sizun risque de disparaître. Un groupe d’apiculteurs entend la préserver, à travers une association et la mise en place d’une zone protégée. Pour ce faire, il entend associer un maximum de monde.

« C’est tellement simple et dans l’air du temps d’importer des abeilles : un petit clic et on imagine déjà ses pots de miel et son chouchen ! Les gens qui le font l’ignorent, mais ils portent atteinte à une espèce qui s’est adaptée au Cap-Sizun au fil des siècles ». Youenn Landrein, apiculteur de Guengat fait partie du groupe, récemment créé, qui portège et promeut l’abeille noire du Cap-Sizun.

 

Il faut sauver l'abeille noire du Cap-Sizun 

Fidèle à cette espèce, il la voit confrontée à un important phénomène d’hybridation. Caucasiennes ou italiennes, celui qui désire avoir une ruche dans son jardin peut se faire livrer des abeilles d’origines diverses. « Elles sont réputées plus productives que l’abeille noire locale, mais contrairement à elle, ces espèces importées souffrent des caractéristiques du Cap-Sizun, au niveau du climat et de la végétation », précise Dominique Le Doaré, de Plogastel-Saint-Germain.

Le problème, c’est qu’une fois arrivé sur le secteur, le beau mâle italien ou caucasien, qui peut aller jusqu’à 20 km de sa ruche, vient volontiers féconder la reine noire vierge. D’où une modification progressive du génotype « pur » de l’abeille noire. En quelques années, l’impact peut être très fort.

 

« Créer une zone protégée »

Et le changement n’est pas qu’esthétique ! « Cette hybridation les rend plus agressives, elles attaquent jusqu’à 10 ou 15 mètres », constate encore Youenn Landrein. Et de pointer d’autres conséquences, comme la moindre résistance aux maladies ou sur la qualité du miel, car seule une abeille « du cru » butine efficacement les bonnes fleurs et les plantes. « Nous craignons de voir la perte du précieux patrimoine génétique de cet écotype de l’abeille noire : nous voulons laisser cet héritage à nos enfants », lance Dominique Le Doaré.

Comment, alors réussir à la préserver ? Une douzaine d’apiculteurs de l’Ouest Cornouaille se sont donc retrouvés pour en évoquer les pistes. La principale est de créer une « zone protégée » limitant au maximum les risques d’hybridation. Pour cela, il faut impliquer un maximum de ruchers de loisir et professionnels.
Une démarche large, différente de celle d’un conservatoire. « Nous voulons commencer à la pointe du Cap-Sizun avant de l’élargir si cela fonctionne bien », souligne Youenn Landrein.

Pour ce faire, il faut convaincre les apiculteurs de la nécessité de sauvegarder l’abeille noire locale en cessant les « importations ». Cela passera par la création d’une association. Mais les initiateurs veulent aussi associer les élus et la population, avec pourquoi pas, toute une communication autour de « l’abeille noire du Cap-Sizun », un logo, des visites de ruches… « Nous avons une certaine fierté à lancer ce combat », annoncent les apiculteurs mobilisés.

 

Source : le télégramme soir







Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *